Pour une présidence normale, et même plus
Je suis frappé par l’idée que les gens se font de la fonction de président de la République et par l’absence de remise en question de cette représentation absolutiste. Il suffit pourtant de regarder l’histoire des Républiques françaises ou le fonctionnement des démocraties voisines pour s’apercevoir que se coltiner un hyper-président n’est pas une fatalité.
Revenons simplement à la constitution du 4 octobre 1958. « Le président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’Etat. Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités » (article 5). La lettre de cet article ne correspond évidemment pas (ou plus) à la réalité de la pratique de cette institution, elle rappelle en revanche que nous nous en éloignons dangereusement. Ce devait être « le gouvernement [qui] détermine et conduit la politique de la Nation » (article 20 alinéa premier). Un gouvernement lui-même responsable devant le Parlement, seule représentation nationale. N’oublions pas que c’est le Parlement qui vote la loi, contrôle l’action du Gouvernement et évalue les politiques publiques (article 24 alinéa premier). Notre vie politique devrait être centrée sur le Parlement, pas sur le chef de l’Etat.
Notre régime est malade de son présidentialisme, qui s’aggrave de mandature en mandature. Aussi je salue la volonté du candidat François Hollande de vouloir assurer une « présidence normale », même si je doute que l’exercice de la normalité soit en mesure de remédier seul au déséquilibre structurel dont pâti de notre actuelle Constitution.
Jours de fête
La proposition d’Eva Joly d’accorder un jour férié aux juifs et aux musulmans a le mérite de provoquer le débat en pointant un anachronisme. En effet, si on peut expliquer certaines choses par l’histoire, on ne saurait justifier le maintient d’une situation présente par une situation passée, dépassée.
L’existence de jours fériés chrétiens dans une République qui se prétend laïque participe probablement à un sentiment de mise à l’écart pour d’autres groupes confessionnels. Encore que je serais enclin à faire sortir le religieux du champ républicain plutôt qu’à chercher un introuvable juste partage.
Par ailleurs il me semble qu’un jour férié doit être un jour de fête commun à tous les citoyens de la République. Un jour férié devrait aussi jouer comme liant social, et en cela il est vrai que des fêtes chrétiennes semblent aujourd’hui peu appropriées. Pourquoi pas en revanche rendre férié le 21 juin, fête de la musique et (souvent) solstice d’été, jour festif et populaire.
Vichnievsky face aux apprentis bolchéviques
Quelques apprentis bolchéviques cherchent à écarter Laurence Vichnievsky du Bureau exécutif d’EELV. C’est le sens de la motion qu’ils présenteront le 20 novembre devant le Conseil fédéral, transformé pour l’occasion en politburo.
Je trouve ça curieux parce que, comme Laurence Vichnievsky le dit pudiquement, il n’est pas dans la tradition de la vie politique française de régler par des méthodes administratives des questions de nature politique. J’espère que ce n’est pas ça, faire de la politique autrement ! Et puis je voudrais rappeler, à toutes fins utiles, que Staline est mort.
En plus d’être ridicule, cette initiative est inefficace et dangereuse. Inefficace parce que les idées portées par Laurence Vichnievsky ne disparaitront pas avec sa révocation, et dangereuse parce qu’elle prend inutilement le chemin du conflit et le risque de la division.
Laurence Vichnievsky a toute sa place au sein de notre mouvement, les partisans de la pensée unique un peu moins. Ce qui fait la richesse d’un parti politique, c’est un débat d’idée, pas une guerre de personnes. Et pour ceux qui ont besoin de s’attaquer à des ennemis, je leur conseille de les chercher à l’extérieur du parti.
J’ose espérer que cette initiative est marginale et qu’elle ne sera pas suivie d’effets. En attendant, ce qui est inquiétant n’est pas que coexistent des positions diverses, ni même qu’elles s’expriment – ô sacrilège – mais que le débat n’ait pas lieu, sereinement, sur le fond.
Pour des primaires de toute la gauche
Suite au 21 avril 2002, l’usage du « vote utile » a obscurci la lecture que l’on pouvait faire du premier tour de l’élection présidentielle. On ne peut plus y mesurer le poids réel des composantes de la majorité et de l’opposition.
Ceci est d’autant plus problématique qu’avec des législatives que l’on a cachée immédiatement derrière, on se prive d’un débat national mieux représentatif. On a fait taire les idées qui n’ont pas de candidats aux présidentielles.
C’est pour moi la principale raison de soutenir l’organisation de primaires, à gauche comme à droite.
On peut voir dans la « primaire citoyenne » un premier pas, mais c’est un pas habile, sinon retors. Les électeurs de toute la gauche sont en effet amenés à se ranger derrière les différentes composantes… du parti socialiste.
Alors en attendant la VIe République, et si nous ne voulons pas tomber dans un bipartisme désagréable, il faudra aller plus loin, en organisant des primaires de toute la gauche.